声楽曲

«(Halai) - Musubi»
(2010) for choir acappella (18 singers)

Sur des extraits de Kojiki
Effectif: Choeur a cappella en quatre groupes, avec tam-tam et shougo
Commande du Festival d'Automne à Paris et du SWR Vokalensemble Stuttgart
Création: le 13 novembre 2010, SWR Vokalensemble Stuttgart, sous la direction de Marcus Creed
Theaterhaus, Stuttgart
Editions: Breitkopf & Härtel
Durée: 10 min.

"Halai " est un prélude, nous invitant à ôter ce qui a recouvert notre pureté originelle et voilé la vérité, à atteindre un autre état qui s'installe peu à peu et intaure le calme. "Musubi" désigne en japonais le lien. Certes, chaque personne possède en soi une force, qui ne peut pleinement se réaliser qu'en lien avec les autres. A travers eux, une autre énergie est introduite et rayonne, une autre force, un autre caractère, une autre capacité à produire et à créer, qui affecte l'ensemble. Les ondes s'accordent. "Musubi", c'est le lien, mais c'est aussi l'origine de l'énergie, de la production et de la créativité.

"Musubi" repose sur le "Kojiki", ou "Chronique des choses anciennes", le plus ancien livre du japon, de tradition orale avant qu'il ne soit écrit au début du VIIIe siècle. Une cosmogonie, une fondation mythique, dont le commencement, comme dans la Bible, évoque l'origine du monde. C'est le chaos, un big bang duquel naît l'énergie. Trois dieux apparaissent d'abord, bientôt suivis de deux autres, alors que la terre vogue comme une méduse. Tout est ici métaphore. Les énergies s'accumulent, donnant vie à l'archipel japonais.

Dans "Musubi", le choeur est divisé en quatre groupes: les trois chanteuses de "Halai", devant, au centre de la scène, avec tam-tam et shougo; cinq altos, à droite, qui donnent les harmonies; huit basses, à gauche, à la voix presque parlée, comme récitant un mantra, et dont les sons graves présentent de riches partiels non nécessairement audibles (ils constituent la base de l'édifice); enfin, derrière la scène, ou du moins invisible au public, un ténor aigu, sans falsetto néanmoins (une voix d'homme, mais non masculine, que lon rencontre dans certaines musiques de tradition bouddhiste), et une alto, dans un registre assez identique.

Ce qui importe ici, ce sont les manières de chanter. Dans "Musubi", comme dans "Halai", ces manières ne livrent pas bataille, mais visent à un point d'équilibre. Aucun groupe ne domine. Ce sont des îles isolées ou qui établissent des liens, d'un groupe à l'autre, voire toutes ensemble. Un groupe peut chanter seul: le début de "Musubi" est ainsi un solo de ténor, auquel succèdent les basses, puis les altos qui les couvrent comme des nuages. Les groupes apparaissent les uns après les autres, modifiant l'énergie. Rien n'y est séparé. Tout est lié, mais la liaison demeure cachée.
Comprendre le monde implique de rechercher cette liaison. Le "Kojiki" racontait que le ciel et la terre n'étaient séparés que pour produire autre chose - Joseph Beuys l'a exprimé avec d'autres mots: il faut créer un système qui se génère. Aussi Musubi est-il comme une prière, non pas religieuse, mais de gratitude.

Misato Mochizuki
D'après un entretien avec Laurent Feneyrou
(extrait du programme du concert le 17 novembre 2010, à l'amphithéâtre de l'opéra national de Paris - Bastille, dans le cadre du Festival d'automne à Paris)